Insularité

Selon le dictionnaire de l’académie française, l’insularité est l’ensemble des caractères propres à un territoire constitué d’une ou de plusieurs îles ou à leur population. Une île, quant à elle, est un espace de terre entourée de tous côtés par l’eau. Cette spécificité en elle-même ne suffit pas à définir le caractère insulaire d’un territoire. En effet, il faut encore différencier l’île du continent. En géographie, quelques indices permettent d’apprécier le degré d’insularité. Ils prennent en compte la taille de la population, la longueur des côtes en rapport à la surface du territoire ou encore la distance de l’île au territoire continental le plus proche. Généralement, la discontinuité géographie entre terre et mer est reconnue comme étant la spécificité géographique principale.

Cette image d’espace clos et limité que renvoie l’île aura inspiré plus d’un artiste, de l’écrivain au peintre. Elle est, pour certains, associée aux situations de manque, de rupture ou d’isolement. Dans des domaines variés, l’insularité serait, en elle-même, une caractéristique négative qui impliquerait un certain nombre d’handicaps, difficilement surmontables, principalement liés à l’exiguïté du territoire et à la taille réduite de la population. L’île est, de fait, délimitée par l’étendu d’eau qui l’entoure. Cette dernière la définie entièrement. C’est l’entité géographique élémentaire. Elle n’évoluera pas ou très peu dans l’espace.

Paradoxalement, d’autres parleront de la richesse et de la diversité du microcosme en présence. L’imaginaire amène au rêve, à l’idée d’évasion. On y vient s’y ressourcer. Ou, peut-être encore, y vient on échapper à l’emprise de la société, aux réalités du monde, l’autre monde, de l’Autre côté de la mer. L’île vit à part, dans son petit univers. Elle évolue différemment tout comme son peuple, sa faune et sa flore.

Dans le contexte actuel, il parait difficile de conserver ces spécificités propres aux îles. L’ouverture sur le monde semble désormais inévitable. Les rapports avec les territoires continentaux changent. Les enjeux sont désormais globaux. Et d’une façon ou d’une autre, le monde entier est impliqué dans une nouvelle dynamique. L’île ne semble plus pouvoir se suffire à elle-même. L’isolement géographique, l’éloignement vis-à-vis des grands marchés internationaux, des centres économiques ou culturels, le poids limité de ces territoires sur le plan international sont autant d’handicaps qui pourraient rendre plus difficiles leurs développements.

Cependant, certaines de ces îles tirent leur épingle du jeu et font même figure d’exemple, sur le plan mondial, quant à leur réussite économique. Elles ont réussi à faire de leur petitesse et leur isolement un atout et à se distinguer dans bien des domaines.

Il n’y a donc pas de fatalité à l’insularité. Il n’y a pas non plus de modèle systématique. La richesse de l’île réside dans sa capacité à évoluer dans l’environnement qui l’entoure, ce caractère de laboratoire que lui confèrent ses dimensions limitées. Chaque île vit à sa façon, dans un contexte propre qui définit sa spécificité. Leurs statuts institutionnels, leurs situations politiques, économiques et leurs histoires sont variés.

Statut institutionnel et politique

Une grande disparité existe entre les territoires insulaires sur le plan du statut institutionnel. Certaines îles, même importantes sont des dépendances d’États continentaux. D’autres, nombreuses, souvent des archipels, constituent des États souverains indépendants. Sur les 192 États communément recensés, on compte 45 États purement insulaires, soit près du quart. Sur ces 45 États près d’un tiers (13) sont situés dans le bassin caribéen. D’une façon générale, une très grande partie de ces Etats insulaires sont le fruit de la décolonisation.

Les îles ont très vite fait l’objet de conquête. Leurs positions avancées en font des atouts stratégiques évidents. Au-delà de cela, l’île est un pied à terre à l’extérieur, qui ouvre sur d’autres richesses, de nouvelles ressources, étend les capacités de production, notamment dans le domaine de l’agriculture et donnent accès à de nouveaux marchés. Il est donc tout à fait logique que ces territoires n’aient pas été négligés lors de la grande période de colonisation. La France, l’Espagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, notamment, se sont âprement disputés des positions durant plusieurs décennies dans la Caraïbe.

Beaucoup de ces iles n’ont donc pas bénéficié de leurs statuts par l’évolution normale de leurs sociétés mais plutôt par les différents régimes qui leur ont été imposés par les colons ou plus généralement par les occupants. Anciennement, colonies, comptoirs, protectorats, ou mise sous tutelle plus ou moins imposée et contraignantes, ce sont, aujourd’hui, des Etats insulaires à part entière ou des archipels indépendants ou à contrario des dépendances de territoires continentaux. Les îles de l’ancien empire britannique sont, pour la plupart, membres du Commonwealth et reconnaissent, pour certaines, la reine du Royaume-Uni comme chef d’Etat (Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Grenade, Jamaïque, Salomon…).

En France

Les îles française sont des Collectivités (COM) ou des Départements et Régions d’Outre-mer (DOM) et sont régies, au niveau européen, par le statut particulier des Régions Ultrapériphérique (RUP). L’appellation Territoire d’Outre-Mer (TOM) a été supprimée en 2003.

Pour les territoires dépendants, et particulièrement en France, ces statuts évoluent, encore aujourd’hui, pour répondre à la problématique des spécificités de ces îles face à l’homogénéité et la cohérence supposées des territoires continentaux. La question de l’augmentation de l’autonomie de ces territoires pour répondre à des revendications plus fortes, fait débat et ne s’impose pas, pour le moment, comme une solution. Les électeurs de la Martinique ont, d’ailleurs, voté contre une autonomie accrue régie par l’article 74 de la constitution. Cependant, la Martinique passera du statut de DOM (région et département) au statut de COM (fusion du Conseil général et du Conseil régional en assemblée unique), alors que l’ile de Mayotte fera, elle, la transformation inverse en 2011. Aux vues de ces trajectoires différentes pour des situations, en apparence similaire, peut-être faut-il prendre du recul et ne pas réduire la question de l’émergence de ces territoires à la seule question du statut institutionnel. Car les spécificités de ces îles sont bel et bien reconnues et les différents statuts proposés ne régulent que les modalités de mise en place des moyens et des mesures pertinents pour leur évolution dans le contexte actuel.

Nous allons désormais nous concentrer sur le cas des Antilles françaises, présenter leurs situations économiques et tenter de proposer des pistes intéressantes pour leur développement au-delà de cette vision statutaire et institutionnelle.

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